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Samedi matin, sur la terre du bus du partage !

La dame au chapeau noir (c'est ainsi qu'elle veut qu'on l'appelle) se présente « Clocharde » et nous annonce qu'elle ne veut rien nous dire d'elle : ni son prénom, ni d'où elle vient. Elle a bien le droit…
Nous ne lui posons aucune question si ce n'est : « De quoi avez-vous besoin ? » ; « Je marche beaucoup, et mes chaussures sont très abîmées », nous dit-elle. Une paire de bonnes chaussures avec des semelles bien épaisses, nous a été donnée la veille par une personne qui nous les a apportées, toute cirées de frais, comme un cadeau. On a senti qu'elle avait vraiment pris le temps de donner en bon état, dans un grand respect pour ceux qui n'ont pas.
Notre dame au chapeau noir essaie lesdites chaussures et nous dit : « Je devais aller ailleurs ce matin, je suis restée à Châteauroux, et c'est inespéré de vous avoir rencontré. Merci pour ces si belles chaussures ! »
Nous ne lui avons rien demandé, nous lui avons offert un instant : un café avec quelque chose à manger, une paire de chaussures. Mais surtout, nous l'avons acceptée telle qu'elle est ! C'était juste ce dont elle avait besoin.

Didier vit dans la rue. Les premières fois où nous le rencontrons il n'ose pas nous regarder en face. Il baisse les yeux constamment. Il me confie : « j'ai honte de ce que je suis ». Je lui confie : « moi aussi j'ai parfois honte ».
Peu à peu, il se sent en confiance et vient tous les vendredis matins. Nous lui donnons un sac à dos, une couverture de survie, des chaussettes, un sac de couchage : des objets dont il a vraiment besoin et qu'il n'espérait pas. Puis, la semaine dernière il nous confie : « ma fille se marie fin mai, et, elle veut que je l'accompagne à la mairie, je ne sais pas si j'aurais le courage ».
On lui propose de lui trouver un joli pantalon, une veste. Il ne dit pas « non », mais pas vraiment « oui ». Dépassera-t-il la honte qu'il a de lui ?
Nous notons ses besoins sur le tableau du bus. Une heure après, sur le marché St. Jean, une commerçante qui vend des vêtements vient consulter la liste. Elle revient un quart d'heure après, avec une veste et un joli pantalon. Samedi, Didier vient essayer son « costume ». Nous le laissons se changer dans le bus. Il ressort magnifique, étonné de ce que lui renvoie le miroir (oui, oui il y a même un miroir dans le bus !). Il nous demande de le prendre en photo. Nous lui gardons son costume jusqu'au mariage de sa fille.

La matinée se termine avec Nadir et Jean-Luc. La semaine dernière, Jean-Luc avait un canapé à donner et Nadir en cherchait un. Nous les avons mis en contact. Ce samedi matin, ils arrivent tous les deux, le sourire aux lèvres et nous disent : « Pour le canapé ça n'a pas marché, il était trop grand ! Mais entre nous, oui : nous sommes devenus amis !!! »

Voilà ce qu'est le bus : de grands cadeaux dans l'ordinaire de la vie ! De grands cadeaux qui commencent toujours, par donner des objets que nous avons en trop et qui correspondent à leurs manques.
Certains se réjouissent de pouvoir donner, d'autres se réjouissent de recevoir. Et nous, nous avons l'honneur d'assister à tout cela, et nous nous réjouissons d'être ce lien.
À l'heure, où le mot « sacré », n'a plus beaucoup de sens, je voudrais vous dire à quel point, de simples objets en trop, sont tellement utiles à ceux qui n'ont rien, qu'ils deviennent sacrés.

Florence Chauvin

 

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