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Le bus du partage, une contagion de Vie !

Ce matin il y a beaucoup de monde sur le bus ! Les habitués : Mohamed, Sam, François, Jean-Pierre, Steeve, Dounya, Patrick, Françoise… et les nouveaux : Emile, Farid et sa femme, un couple de Roumains, une maman qui habite dans un appartement tout près du bus, et... Robert, un vieux monsieur démuni de solitude. Tous sont en souffrance : chacun la sienne.

Du côté des bénévoles, nous sommes quatre.
Nous avons pris un instant sur le bus, entre nous, pour rencontrer le démuni en nous que nous sommes intérieurement et l'aimer. Ensuite, chacun a sa responsabilité : la nourriture, les “ trop ”, servir café et thé, installer tables et chaises. Mais la plus grande responsabilité que nous avons tous : les accueillir “ en misère ”, jusqu'à les aimer.
Vais-je savoir TOUS les aimer ? C'est le but. Mais il est bien sûr impossible à atteindre pour l'instant, impossible si je ne fais pas la route vers moi-même, si je ne m'aime pas là où leur misère fait écho à la mienne.

Dounya m'agace : elle parle, parle, parle, se déverse sur moi, sur nous… Je ne l'écoute plus, je tente de voir ce qui se passe en moi. Elle est forcément miroir de ce que je suis : « quand est-ce que j'accapare l'autre, en parlant, ou en faisant du bruit, du volume ? » La réponse ne tarde pas : lorsque je me sens sans importance. Comme c'est normal que j'accapare l'autre, espérant avoir un peu d'importance. Ça y est, nous sommes sœurs de misère, Dounya et moi : cette femme a si peu d'importance, elle aimerait tant être reconnue. Alors elle parle, parle, parle et obtient l'inverse de ce qu'elle souhaite. Je passe de l'agacement, à être bouleversée par ce que je vois d'elle et de moi au-dedans. Mon Dieu cette femme a besoin que je la reconnaisse, que je fasse couler quelques mots d'amour là où elle est meurtrie à tout jamais. Tout cela se fait dans mon silence intérieur, mais Dounya le sent de tout son être, elle vient se mettre dans mes bras, m'embrasse. Un court instant, il n'y a plus besoin de bruit au-dehors, nous nous sommes reconnues « en misère » !

Et puis, il y a Emile. C'est la deuxième fois que nous le voyons, jusque-là, il n'osait pas venir. Ce jeune homme arrive la tête basse, n'osant pas, craignant de ne pas être accueilli. Je suis tout de suite, touchée par sa délicatesse, et sa tête basse, comme s'il avait peur de prendre des coups… Je l'accueille spontanément par ces mots : « tu es le bienvenu Emile, tu es vraiment le bienvenu ». Mes mots le bouleversent : des larmes surgissent de ses yeux, des larmes surgissent des yeux d'une bénévole, qui est prête à aller se cacher tant il est difficile pour elle, de se montrer touchée. Je la retiens et dis : « on a le droit d'être touché sur le bus, que l'on soit accueilli ou accueillant. » Alors, elle prend Emile dans les bras : le temps n'a plus de prise ! L'amour est là : bien palpable…

Il y a aussi François et Sam. Sam dort en ce moment dans la rue, il a perdu son lieu de vie, sa voiture : il dormait dedans. François vient d'avoir un appartement. Ces deux jeunes, pour des raisons différentes, ne connaissent que la galère. Ils se sont croisés quelques fois sur le bus, sans vraiment échanger. Mais ce matin-là, autour du café et des croissants, ils partagent là où ils en sont. Ils s'écoutent. Je ne fais rien d'autre qu'avoir un œil attendri sur ces deux-là, qui sans le bus, ne se seraient certainement jamais parlés. Le lendemain, François vient nous dire, qu'il ne pouvait pas laisser Sam dormir dans la rue. Il lui a proposé de venir se poser chez lui quelques jours. Le partage s'est fait spontanément, sans que nous le provoquions. Mais avant cela, nous avons beaucoup partagé avec François et Sam. Alors, cela a fait “ tâche d'huile “ : ils n'ont plus besoin de nous pour partager !

Et puis il y a Robert. Ce vieux monsieur de plus de 80 ans, fait tous les jours sa petite marche matinale. Il aime tout particulièrement le vendredi matin, car, il nous retrouve. Il ne boit jamais de café, car, comme il dit « j'ai une bonne retraite ». Mais, il se sent très seul. Au début, il nous faisait signe de loin. Maintenant, il s'approche, serre les mains de jeunes à qui il n'aurait jamais adressé la parole. Il m'embrasse en arrivant, en partant. Nous appartenons à sa vie : le bus, est un lieu chaleureux qui lui fait du bien. Il n'a pas besoin d'objets, de nourriture, ni même de café ou de thé, il a besoin de chaleur humaine. Et, je peux vous assurer qu'elle ne manque pas.

Même si certains jours, il pleut, il fait froid, la chaleur intérieure est tellement au rendez-vous que la météo extérieure nous dérange bien peu !

Florence Chauvin

 

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