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Comment évaluer les besoins réels ?

J'ai froid et je m'empresse de ranger mes courses dans mon coffre de voiture quand une personne avec un caddie s'arrête à mes côtés. Cette dame est souvent sur ce parking, elle demande aux gens de quoi se nourrir.... Je lance un « Bonsoir ». Elle est tout emmitouflée. Le fond de son caddie est rempli de boîtes de conserve et de petites bricoles... On commence à discuter.

L'hiver est là ; elle est contente car son manteau n'était pas assez chaud et elle vient de recevoir un pull supplémentaire. Quelques heures auparavant j'avais trié des affaires et il me restait des pulls. Je m'empresse de lui dire que moi aussi je vais lui donner un pull chaud. Mais elle me répond qu'elle n'en a pas besoin puisqu'elle vient d'en avoir un. J'insiste : « Je vais le mettre dans ma voiture et quand on se reverra je vous le donnerai !» Eh oui, j'avais envie de le donner, ce pull, « elle serait mieux avec deux pulls ! » Mais elle n'en a pas besoin...

Je n'insiste plus ; je viens de me souvenir que donner, ce n'est pas encombrer celui qui reçoit, c'est répondre à ses besoins, avec discernement.

J'apprends aussi qu'elle est accueillie dans un foyer ; alors je lui parle de l'action SDF de Réflexe Partage et des flacons de savon. Elle nous félicite pour cette idée et, tout en fouillant activement dans ses sacs, elle me dit qu'elle va nous donner un savon qu'elle a reçu récemment, qui sent très bon, dont elle n'a pas besoin. Et moi pendant ce temps je tente de lui expliquer qu'on récupère des flacons dans les hôtels et non pas chez nous, etc.
Mes explications sont stoppées net par le petit savon enveloppé dans un mouchoir en papier que la dame me met sous le nez en me disant :
« Sentez comme il est parfumé ! » Je la regarde dans les yeux : « Comme elle semble heureuse de pouvoir donner quelque chose ! » Je la remercie, je referme le mouchoir et glisse le petit savon précieusement dans ma poche.

Cette femme m'apprend qu'on ne peut pas décider des besoins des autres, même si on le fait avec son cœur : on ne peut partager ce que l'on a en trop que quand cela correspond à leurs besoins.

Cette rencontre m'a aussi rappelé qu'aller vers l'autre, ouvrir une porte pour partager un instant, cela peut être si simple et enrichissant ; pendant ce moment-là, le froid n'était plus le même.

Céline
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